Interview croisé des gérants Basile Devedjian et Benoît Peloille

Paris, France, 29 mars 2019

Qu’est-ce qui se cache derrière les fonds thématiques ? Les gérants de VEGA Millennials et VEGA Disruption, Basile Devedjian et Benoît Peloille, lèvent le voile sur leur philosophie de gestion, leur gestion au quotidien et leur collaboration. Une interview croisée inédite pour mieux comprendre cette nouvelle tendance incontournable de la gestion de patrimoine.

Quels sont vos univers de gestion ?


Basile.  Les grandes capitalisations européennes et américaines, essentiellement dans trois secteurs : la consommation,  la technologie et la communication. Sur la partie investie en titres vifs, nous suivons environ 200 sociétés pour une trentaine de lignes en portefeuille.


Benoît.  Avec la disruption, nous sommes dans un univers plus large, plus global qui couvre tous les secteurs et zones géographiques. Nous avons identifié quelque 1 500 fonds thématiques ou sectoriels dans le monde dans lesquels nous sommes susceptibles d’investir. Sur les titres vifs, nous sélectionnons des valeurs européennes, généralement de croissance.


Qu’est-ce qui différencie un fonds thématique d’un fonds actions ?


Basile.  Nous investissons sur des tendances de long terme et le but n’est pas de changer de style ou de secteurs selon la conjoncture. Nous recherchons les gisements de productivité dans les valeurs de croissance pour surperformer le marché sur le long terme.


Benoît.  L’autre avantage de jouer des tendances structurelles est de s’affranchir des oppositions traditionnelles dans la gestion entre les secteurs, les zones géographiques et les styles croissance, cyclique ou défensif. Nous restons fidèles à une thématique sur l’ensemble des secteurs que nous jugeons pertinents. Nous nous interdisons peu de choses !


Pouvez-vous résumer la thématique de votre fonds en quelques mots ?


Basile. Nous investissons dans des sociétés qui vont bénéficier de l’explosion du pouvoir d’achat de la génération née entre 1980 et 2000.


Benoît. Nous jouons ce que l’on appelle la disruption, un terme qui peu paraître nébuleux mais qui recouvre en réalité l’émergence de nouveaux business models qui bouleversent les schémas existants ou qui créent de nouveaux marchés.


Quelles sont les avantages de votre approche mixte, qui combine titres vifs et sélection de fonds ?


Benoît. Le principal intérêt de cette approche est de pouvoir jouer une thématique de façon exhaustive. Le thème de la disruption est trop souvent cantonné au seul secteur de la technologie. Or, l’univers est beaucoup plus large et comme personne ne peut être spécialiste de tout, surtout sur certaines niches qui réclament une expertise approfondie, comme la biotechnologie ou la fintech, nous n’hésitons pas à avoir recours à des expertises particulières. 


Basile. Les thématiques sont par nature globales et transversales. Nous préférons nous concentrer sur notre champ d’expertise et rechercher des ressources en externe afin de bien rester fidèle à notre thématique d’investissement. Aujourd’hui, tout bouge très vite et un secteur ou une société peut vite perdre de sa pertinence au profit de nouveaux entrants.


Comment travaillez-vous au quotidien ?


Benoît. Nous misons beaucoup sur la complémentarité de nos profils. Basile est résolument bottom up, très proche des sociétés alors que mes compétences me portent davantage sur la macroéconomie, l’analyse des grandes tendances de marché…


Basile. C’est effectivement le croisement de ces deux approches bottom up et top down qui nous permet de valider une thématique dans le discours des entreprises et de rester, une fois de plus, fidèle à notre univers d’investissement. De fait, nous sommes en feed back permanent.


Depuis le lancement de vos fonds, existe-t-il une valeur qui vous a particulièrement enthousiasmé ?


Benoît. C’est plutôt un fonds spécialisé dans la fintech, une denrée rare sur le marché. Il nous a permis de prendre la réelle mesure du défi de la digitalisation du secteur financier. Cette digitalisation pourrait même modifier en profondeur le statut boursier du secteur financier : de cyclique à technologique.


Basile. J’ai un véritable coup de cœur pour Spotify, qui pourrait bien devenir le Netflix du mobile. C’est une petite capitalisation comparée à Netflix qui perd toujours de l’argent mais dont le marché commence à saisir l’immense potentiel. Cette société vient d’ailleurs d’annoncer deux développements passionnants : la mise en place d’une offre Podcast qui fait de Spotify une radio à la demande sur mobile et le développement d’une plateforme vidéo, toujours sur mobile,  en partenariat avec des grands acteurs du secteur.


Et maintenant, pour chacun, une question qui fâche :


Benoît, la disruption n’est-elle une notion déjà dépassée, déjà intégrée par toutes les entreprises cotées ?


Benoît. La disruption a longtemps été associée à des ruptures technologiques. Elle va bien au-delà. Elle permet surtout d’assurer les gains de productivité de demain, dans un monde en panne de productivité depuis des décennies. L’essor de l’IA constitue un bel exemple.


Basile, les  Millennials existent-ils vraiment ? 


Basile. La génération Millennials existe, comme a existé celle du baby boom ! Elle représentera 50 % de la population active en 2020 et 75 % en 2025 et elle devrait doubler ses revenus d’ici 2030. Il faut bien sûr se méfier des stéréotypes, cette génération n’est pas aussi homogène que certains le prétendent…Mais elle présente néanmoins des points communs : les Millennials sont nés avec le numérique, sont plus sensibles aux questions d’environnement, vivent dans un monde plus prospère mais aussi plus compétitif et surtout, ils adhèrent davantage aux valeurs véhiculées par les marques qu’aux marques elles-mêmes. Au total, leur perception du monde, notamment du travail, et leurs modes de consommation apparaissent très différents de ceux de leurs parents.


Pour finir Basile, pouvez-vous définir la principale qualité de gérant de Benoît et inversement ?


Basile. La clarté et la pédagogie de ses analyses. Un élément clé lorsqu’il s’agit de scruter des tendances de long terme par nature complexes à décrypter.


Benoît. Basile est particulièrement méticuleux dans le suivi des sociétés. Rien ne semble lui échapper !

Eric Benhamou

Experts

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