2017 : un tournant pour les actions chinoises ?

Paris, France, 15 juin 2017

Le 20 juin prochain, MSCI va rendre sa décision d’introduire ou non les actions chinoises A (cotées sur le marché local) dans ses principaux indices émergents. L’an passé, l’éditeur d’indice a reporté cette inclusion en arguant de trois raisons majeures : la nécessité d’une autorisation des autorités chinoises pour acheter ce type d’actions, les trop grandes facilités de suspensions de cotation pour les entreprises de ce marché et le manque de confiance des investisseurs internationaux.

Si tous les problèmes ne sont pas encore réglés, la situation a néanmoins évolué en faveur de l’inclusion. Cette année, le mot d’ordre pour MSCI a clairement été de privilégier la qualité à la quantité. De ce fait, le pourcentage cible et l’univers d’investissement ont été réduits afin de se concentrer sur les grandes capitalisations accessibles via le Stock Connect. Au cours de cette période, le regard des investisseurs internationaux aussi a changé. Black Rock, client phare de MSCI et plus grand gérant du monde avec 5 100 milliards de dollars d’actifs, a fait part de son soutien. Cette intégration est ainsi devenue un enjeu pour bon nombre d’acteurs : la part de la Chine dans les indices est déconnectée de la réalité économique comme financière alors que son influence ne fait que grandir, phénomène qui s’est encore accentué depuis l’élection de Donald Trump.

Pour rectifier cette incohérence, il était impératif que la Chine reste dans la même dynamique d’ouverture et c’est ce qu’elle a fait en lançant Shenzhen Hong Kong Connect, mais aussi en réussissant à introduire le CNY dans les DTS (droits de tirage spéciaux), en se posant comme défenseur de la mondialisation et de l’environnement. Pékin souhaite plus que jamais une entrée de son marché actions dans les prestigieux indices MSCI. Ce serait un beau pied de nez face à la décision de l’agence de notation Moody qui vient d’abaisser en mai la note de la dette chinoise (de Aa3 à A1), une première depuis plus de 30 ans. Pour autant, « l’affaire est loin d’être actée ». Henry Fernandez, PDG de MSCI, a d’ailleurs tenté récemment de mettre la pression sur le régulateur chinois, insistant sur le fait que « de nombreux problèmes restaient à résoudre » dont la fameuse autorisation pour acheter des valeurs sur le marché local.

Pour autant, nous privilégions le scénario de l’inclusion qui serait une réelle source d’opportunités à la fois pour la Chine et pour les investisseurs internationaux. Certes, à court terme, les flux sur le marché local devraient rester limités compte tenu du poids alloué. Mais, l’impact d’un engouement des investisseurs locaux ne doit pas être sous-estimé compte tenu du niveau des ratios. Quoiqu’il en soit, l’opportunité la plus flagrante revient aux actions H, c’est-à-dire le marché « offshore » qui reste le plus sous-valorisé au sein de l’univers asiatique, avec un rendement des dividendes nettement supérieur à la moyenne et une rentabilité attractive. Il existe encore une prime de l’ordre de 25 % entre ces deux marchés, un différentiel difficilement soutenable dans le temps. En conclusion, une inclusion permettra à la Chine d’asseoir sa reconnaissance sur les marchés financiers après avoir réussi son pari à la fois sur le front économique et géopolitique. D’ailleurs, cette prochaine décision du MSCI pourrait servir d’appui au Président chinois, bien décidé à faire de la Chine, un leader incontestable de la lutte contre la pollution, les valeurs liées à cette thématique étant cotées exclusivement sur le marché A.

Eva Balligand, gérante de VEGA Grande Asie et VEGA Emerging

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